Télésurveillance: les banques aiguisent l’appétit des operateurs

Le marché de la sécurité par télésurveillance et système électronique est en pleine effervescence. A l’origine de cette ébullition, les banques, qui s’apprêtent à investir dans la sécurité afin de faire face à l’augmentation de la criminalité bancaire à travers notamment la hausse des budgets dédiés à ce service. Selon les professionnels de ce secteur connexe de la sécurité, le secteur bancaire marocain, qui cherche à faire face à la montée de la criminalité, devrait dépenser, cette année, près de 60 millions de DH.

Caméras, détecteurs de mouvement, alarmes intrusion, système enregistreur relié à une centrale intrusion au niveau d’une entreprise de sécurité privée et au niveau du siège… L’équipement d’une agence bancaire en matériels de télésurveillance peut coûter jusqu’à 60.000 DH. Il faut dire qu’un marché existe, au vu du du sous équipement des agences bancaires dans ce domaine. Les professionnels du secteur estiment que les trois quarts du réseau bancaire marocain ne sont pas encore équipés de systèmes de télésurveillance. De quoi aiguiser leur appétit, sans compter la multiplication des agences, à laquelle les banques s’adonnent à cœur joie.

Pourtant, il y a une quinzaine d’années, l’hymne n’était pas à la joie dans ce secteur de la sécurité par télésurveillance et système électronique. «Nous sommes loin des années 1990 où les entreprises spécialisées dans la télésurveillance et les systèmes électroniques fermaient les unes après les autres à cause de la faiblesse de la demande», précise Driss Bouzite, directeur commercial de ES Data Security qui revendique aujourd’hui le rang de leader sur son marché.

Les banques, principaux clients

Aujourd’hui, avec deux autres groupes, dont Ithaca, ils se partagent à eux trois l’essentiel du marché émanant principalement des banques, de l’industrie et de l’hôtellerie. Mais, actuellement, c’est la première cible qui semble attirer toutes les convoitises. En effet, jusque là, les banques n’accordaient pas beaucoup d’importance à la sécurité physique de leurs réseaux. Elles préféraient plutôt investir là où il y a davantage de risque comme la protection du système d’information ou encore la mise en place de procédures destinées à se prémunir des détournements que seraient tentés d’effectuer leur propre personnel. Mais avec la recrudescence des attaques armées (cinq braquages entre fin novembre et début décèmbre 2007), les banques tentent de gérer la sécurité physique en priorité, pour le grand bonheur des professionnels du secteur de la sécurité par télésurveillance et système électronique. Rappelons qu’avec la télésurveillance, les banques peuvent connaître en temps réel tout ce qui se déroule au sein d’une agence dotée de ce système et connectée au siège. Ce système est relié également à un central au niveau d’une entreprise de sécurité privée et également du siège.

En tout cas, plusieurs banques devraient déjà lancer leurs appels d’offres au courant de février prochain. Coïncidence ou pas, c’est le moment qu’ont choisi deux grands groupes internationaux pour s’installer sur le marché national. Il s’agit du Français Sécurité Sans Frontières et de l’Espagnol Plettac, qui ont dédié des filiales à cette activité. Le premier, après avoir annoncé à maintes reprises sa volonté de s’implanter, a certainement été convaincu par le développement du marché, jusque là constitué d’entreprises marocaines.

Quoi qu’il en soit, pour leurs premiers pas, ces deux géants doivent faire face à la particularité du marché marocain. «La demande existe comparée à quelques années auparavant. Cependant, beaucoup se lancent dans ce business sans professionnalisme et importent d4sie, particulièrement de la Chine du matériel qui s’avère être de 60% à 80% moins cher que celui provenant d’Europe ou des Etats Unis, de qualité bien supérieure et respectant les normes internationales», se plaignent les opérateurs du secteur. Au bas mot, c’est l’ensemble du secteur formé par les importateurs de matériels, installateurs et bureaux d’études pour le conseil, qui est désorganisé. Pour Driss Bouzite, ces derniers, chargés d’établir les cahiers des charges pour les entreprises clientes, ne sont généralement pas spécialisés dans la sécurité par télésurveillance et système électronique. «Ils font du copier coller car ils tirent le tout sur Internet. Dans les entreprises clientes également, les responsables d’achat ne sont pas outillés. Il y a un déficit de ressources humaines spécialisées dans le secteur, surtout les ingénieurs de la sécurité. Il arrive souvent que les banques recourent à des logisticiens ou acheteurs pour gérer leur sécurité», déplore t il. Ce qui n’est pas sans risque. «On assiste à une arrivée massive de produits de sécurité asiatiques avec une qualité qui n’est pas toujours au rendez vous. Faire l’impasse sur l’aspect qualitatif, c’est faire un choix à court terme qui compromet l’investissement engagé par l’entreprise. A titre d’exemple, lorsque vous faites le choix d’un câble moins cher qui n’est pas aux normes internationales, si l’on prend le cas précis de la détection incendie, il risque tout simplement de brûler avant que les sirènes,ne fonctionnent pour déclencher l’évacuation», prévient Omar Laraki, directeur général de Meta Sécurité.

Un marché très juteux!

Quoi qu’il en soit, le marché est tellement juteux que même certaines sociétés d’électricité ou encore d’informatique s’improvisent entreprises opérant dans la sécurité par télésurveillance et système électronique. Toujours est il qu’un véritable business se développe autour de ce marché. Des sociétés, qu’elles soient spécialisées dans la vente de matériels, dans l’installation ou encore dans le développement, ou même les trois à la fois, poussent comme des champignons. Des magasins de vente de matériel ouvrent ici et là. Pour l’anecdote, Mehdi Krimau, ancienne gloire du football national, s’est converti dans la sécurité électronique.

Il a créé ISE Maroc sécurité, entreprise spécialisée dans la conception, l’intégration, l’expertise et la fourniture de systèmes électroniques de sécurité et de sûreté. La société est adossée au groupe Rebble, qui compte cinq entreprises en France. Aujourd’hui, si le ministère de l’Intérieur a invité les banques à se doter de systèmes de télésurveillance, son homologue du Tourisme en a fait autant avec les hôteliers en leur demandant d’installer dans leurs établissements des vidéos de surveillance et des détecteurs de métaux. «Beaucoup d’hôteliers pensent beaucoup plus à la décoration et aux apparences qu’à des aspects comme la sécurité», déplore un opérateur. La plupart des unités hôtelières sont dépourvues de systèmes de sécurité adéquats, affirme t il. Les bureaux d’étude et les sociétés de vente d’appareils de sécurité tentent de sensibiliser les gérants d’hôtel, qui hésitent souvent à franchir le pas, craignant d’alourdir leurs charges. «Aucune mesure n’est obligatoire, à l’exception de la protection incendie (extincteurs, colonnes sèches pour pompiers, escaliers de secours, compartimentage et plans de circulation)», soutient un autre professionnel. A ses yeux, il faut aussi rendre obligatoire l’installation de systèmes de détection incendie.

Autre niche qui attire les opérateurs de la sécurité par télésurveillance et système électronique, l’industrie. «La demande est également forte sur ce segment, surtout pour les vidéosurveillances, la détection d’incendie et le contrôle des accès>’, dit on auprès d’ES Data.

Pour autant, les professionnels sont unanimes à reconnaître que le marché se dirige inéluctablement vers une mutation importante. «Aujourd’hui, le marché de la sécurité est atomisé, car le secteur pullule de petites entreprises. D’autant plus que certaines sociétés, dont l’activité principale est l’électricité, s’aventurent dans la sécurité par opportunisme. Cela dit, vu le niveau de la demande actuelle, le secteur tend à se professionnaliser et par là, le nombre d’acteurs sur le marché tendra inévitablement à baisser’>, analyse le patron Meta Sécurité.